L’éducation demeure la clé de voûte des sociétés en devenir, le problème des nations à la traîne derrière la locomotive du développement du bien-être et de l’épanouissement des populations. Ce problème reste entier en Afrique. Il est évidemment complexe eu égard aux conditions de vie des populations, aux mentalités longtemps restées étroites et au manque de vision politique des dirigeants.
Et comme on pouvait s’y attendre dans ce contexte, la question de l’éducation des jeunes filles est cruciale.
Longtemps restées dans les oubliettes ces abandonnées de l’éducation, reflets de la mère, de la femme, de la sœur, donnent des sueurs froides, vu leur vécu quotidien. Dès lors une projection sur l’avenir de ces enfants devient un cauchemar pour tous. C’est en menant cette réflexion que nous nous sommes attardés sur les zones non encore viabilisées dans les périphéries des grandes villes, appelées communément « zones non loties ». Le constat est amer…
Notre pensée allait uniquement au nombre considérable d’enfants qui ont besoin de cette sève nourricière que donne l’école. Ainsi à quelques encablures de la ville de Ouagadougou, sur un sentier dans la commune rurale de Saaba, nous aperçûmes une jeune fille d’à peine huit ans. C’était une écolière qui arborait un habit jaune sur une jupe kaki. Sur l’habit apparaissait au dos un écriteau « Ecole Managuetaaba-Filles de Saaba ». Cette enseigne paraissait également sur la petite poitrine de la fille à l’effigie d’une écolière. Notre curiosité nous amena sur les lieux.
Située derrière un barrage à l’ouest de la commune rurale de Saaba, l’école Managuetaaba ressemble à un oasis. Comme l’intérieur d’un nid, l’école est entourée d’arbres. C’est un cadre propice à la réflexion et à l’évasion. Là se construit à l’image d’une termitière un « temple du devenir des jeunes filles ». Comme son nom l’indique l’école devrait recevoir uniquement des filles. Mais le besoin en éducation est tel que les filles ne pouvaient s’offrir le privilège d’être les seules bénéficiaires de l’école ; quelques garçons chanceux y ont trouvé une place pour le bonheur de beaucoup de parents.
Comparaison n’est pas raison dit-on. Mais lorsque l’on compare l’effectif de cette école aux statistiques nationales, on voit bien qu’une telle initiative enlève une grosse épine du pied de l’Etat et mérite d’être accompagnée. L’Etat à lui seul ne pouvant résoudre le besoin en éducation. Sur ce qui précède il serait intéressant d’entendre le président des parents d’élèves de cette école.
A ce propos il souligne que la création de l’école Managuetaaba Filles de Saaba a coloré leurs nuits blanches quant à l’épineuse question de l’éducation de leurs enfants. Ils étaient inquiets, dit-il, car certains enfants avaient commencé à errer abandonnés à eux-mêmes du fait que la plupart de leurs parents s’absentaient dans la journée pour vaquer à leurs occupations. Il affirme vouloir avec la collaboration de tous les parents accompagner l’œuvre salvatrice qu’est l’existence et la vie de l’école dans leur localité. Quant aux mères éducatrices, par la voix de leur présidente elles se disent satisfaites dans la mesure où l’école les décharge de leurs nombreux enfants et permet également à ceux-ci d’avoir une hygiène de vie et des attitudes qui ne diffèrent pas de celles des autres enfants des milieux nantis.
Le dernier mot est revenu au fondateur de l’école. Monsieur Sawadogo quant à lui prône une scolarisation plus soutenue des filles au sein de l’école. Il pense poursuivre son œuvre vers une éducation environnementale pour une intégration réelle des jeunes filles dans leur milieu. Il termine en disant qu’il voudrait que l’idée d’égalité entre filles et garçons s’encre dans les mentalités. Pour ce faire il ne ménagera aucun effort, afin que ces futures femmes puissent s’épanouir pleinement dans la vie.
Sur tout ce qui précède, nous nous sommes intéressés à l’image de cette école dans la localité. Ce faisant, nous nous sommes rendu dans la commune un jour de marché, de pleine animation et notre présence aiguisait les curiosités. Nous avons profité de l’occasion pour évoquer l’existence de l’école Managuetaaba Filles de Saaba. Au fur et à mesure que nous conversions les visages s’illuminaient et les regards de beaucoup de femmes laissaient voir une lueur sur un sourire plein d’espoir.
Tous souhaitent la longévité et le succès de cette école unique dans leur commune.
Un homme de passage à Saaba

































